Que doit-on penser du scantrad ?


Il y a encore quelques jours j’hésitais encore sur le thème de ce « Jeudi Confession », le premier de 2012 ! Et puis finalement, grâce aux commentaires très intéressants de Koryu sur le billet que j’ai rédigé après ma lecture de « Manga Numérique, une nouvelle ruée vers l’or », il est apparu plus qu’évident qu’il fallait que je parle de scantrad. Je m’étais lancé comme défi d’en parler sur le blog en 2012, voilà chose faite ! Mais avant toute chose, il convient de définir ensemble le terme « scantrad » : c’est le mot qui désigne le fait de traduire des mangas dont les pages ont été scannées (le plus souvent les pages japonaises, dès leur sortie pour certaines séries) avec les bulles qu’on a préalablement vidé. Ce procédé n’est pas légal puisqu’en aucun cas l’auteur du manga ne donne son autorisation, mais pourtant c’est très répandu.

En soi, on ne peut pas dire « le scantrad c’est mal ! » Il y a du plus ou moins pour, et du définitivement contre. Mon but n’est pas de vous dire s’il faut trouver ça bien ou mal, c’est simplement vous donner ma vision des choses, pour ensuite avoir la vôtre dans les commentaires

Le scantrad qui fait du bien

Souvent, quand on parle de scantrad, tout de suite on a droit à des remarques comme quoi ce n’est pas bien… et pourtant, le scantrad peut être vu comme quelque chose de positif, et pour diverses raisons. Je suis une fervente amatrice de l’appli Manga Rock Unity sur l’iPad et je ne m’en cache pas. Je télécharge régulièrement des mangas via cet outil, notamment pour découvrir de nouvelles séries. Même si on peut souligner les efforts de certains éditeurs comme Tonkam, Kana, Taifu ou autre Pika Edition, qui proposent des lecteurs en ligne, souvent pour lire le premier chapitre de leurs titres, tous ne font pas ça. Alors plutôt que de camper dans les allées de la Fnac ou Virgin, je télécharge les premiers chapitres d’une série. Et quand ça me plait, alors je n’hésite pas un seul instant, j’achète le tome relié ! Ainsi, en 2011 grâce à Manga Rock Unity, j’ai entre autres découvert puis acheté tous les tomes de Wolf Guy, Vinland Saga, Ikigami, Suicide Island etc…

Le deuxième point qu’il est important de souligner et c’est justement ce qu’a fait Koryu dans son commentaire, quand est-il du manga qui a peu voire aucune chance d’être publié en France… Est ce que son auteur est vraiment malmené si des fans un peu hardcore décident de traduire son oeuvre pour y donner accès au plus nombre ? Sur ma fameuse appli, il m’est arrivé de prendre des titres que je n’arrive absolument pas à trouver en libraire, et qui sont pourtant très bien ! Un exemple tout bête, j’ai lu il y a plusieurs mois (début 2011) le Labyrinthe des sentiments, qui n’est sorti qu’en fin d’année. Tous les mangas n’ont pas la même chance que ce yaoi.

Le scantrad qui fait du mal

Découvrir des choses inaccessibles en France c’est plutôt bien. Cependant le scantrad ce n’est pas que ça. Ainsi on peut retrouver un peu partout sur la Toile des sites qui proposent des séries très connues, mais surtout licenciées en France ! One Piece, Naruto, Bleach… ce sont les 3 séries qui me viennent à l’esprit, et quand on demande à un jeune pourquoi il consomme ces séries par le biais du scantrad il y a deux grandes raisons : la première et pas des moindres, c’est gratuit ; la seconde, c’est disponible juste après sa sortie au Japon.

Rappelons que la France est le deuxième pays consommateur de mangas. L’intérêt pour ce type de support est bien présent chez nous, on peut admettre facilement qu’il n’est pas facile d’attendre plusieurs mois avant de voir le prochain tome de sa série préférée sortir. On peut comparer ça à l’univers des séries (qui sortent d’abord aux US et plusieurs mois après en France) ou même, pour rester dans la culture Jap’, aux animes, avec des plateformes qui proposent de plus en plus de simulcast. Les gens consomment de plus en plus, et parfois de plus en plus tôt ! C’est pour cela qu’on peut aisément comprendre qu’un ado de 12-13 ans n’a pas les moyens d’acheter tout ce qui sort (juste au passage, on se plaint du planning des sorties jeux vidéo mais le planning de sortie des mangas est vraiment très très dense). Je ne cautionne pas du tout ce type de comportement, mais cela tente à prouver qu’il faut faire évoluer ce mode de consommation en proposant des solutions adaptées aux lecteurs et surtout légales.

Quel avenir pour le scantrad ?

Au delà du fait qu’il sera difficile voire impossible de stopper le scantrad « clandestin », parce que c’est gratuit, parce que c’est du quasi simultané avec les sorties au Japon, etc… il y a un point que j’aimerai aborder : c’est la possibilité de trouver des moyens de rendre légal le scantrad et ainsi aller dans le sens de la publication de mangas via le numérique. Je reprends toujours comme référence l’appli Manga Rock Unity (qui se base sur 3 gros agrégateurs, donc accessible via le web, sans forcément la tablette d’Apple) : pourquoi ne pas imaginer le même principe mais payant et surtout en accord avec les auteurs japonais ? J’imagine très bien un catalogue online qui permettrait de collectionner les mangas dans une bibliothèque numérique, pour un prix forcément très très attractif, avec pourquoi pas la possibilité d’avoir une réduction si on veut par la suite acheter le tome relié.

Auteurs, éditeurs et lecteurs partagent le même goût pour le manga, pourquoi ne pas réfléchir ensemble à des solutions pour que tous y trouvent leur compte ? Cela paraît idéaliste comme interrogation mais il est certain qu’un jour nous arriveront tous à tomber d’accord !

Maintenant que vous savez ce que j’en pense, quel est votre avis ? Pour ou contre le scantrad ? Des idées pour rendre le système légal et viable ?

[PS : je vous rappelle affectueusement que ces billets "Jeudi Confession" sont des billets d'humeur, que c'est moi (Caro/Akabarasan) qui les rédige et donc que ces propos n'engagent que moi.]

10 commentaires

  1. Gorb on 14 janvier 2012 at 19 h 01 min said:

    Sujet intéressant, mais j’ai quand même l’impression qu’on tourne en rond^^.

    C’est sur que personne ne dira jamais « le scantrad c’est génial tout le temps pour toutes les œuvres et fuck les tomes papier ».
    Tout le monde sait que « c’est pas bien de télécharger des tomes sortis en france ». Mais on revient sur les mêmes arguments encore et encore, je crois que tout le monde a compris (même si le sujet est intéressant hein): Bien pour les tomes pas sortis, paaaas bien pour ceux pas sortis.

    Mais franchement, soyez honnêtes, vous dites tous « moi je lis des scantrad, mais que des trucs qui sortirons jamais en France ou dans 2 ans ». Franchement, tout le monde a déjà téléchargé un volume déjà sortit en France. Surtout des gros fans de mangas comme nous. Si on lis 2 volumes par moi OK, on peut les acheter, mais quand on en lit une vingtaine, soit vous pouvez claquer 130€ par mois dedans, soit vous les téléchargez (soit vous squattez la fnac à coté de chez vous). C’est vraiment l’argument principal: c’est gratuit. On prend pas le risque de payer 6€ un tome qui ne va pas nous plaire. On en lit 20, on achète les 4 ou 5 qui valent le coup, merveilleux non ?

    Enfin, soit vous êtes très différents de tous les fans de manga que j’ai croisé dans ma vie, soit vous ne dites pas tout sur internet de peur que la CIA débarque chez vous pour scantrad prohibé (vous avez peut-être pas tord…)

    Tous ça pour en arriver à la conclusion que si une offre de téléchargement légale à un prix raisonnable existait, ça me dissuaderais peut-être. Mais en attendant que les poules aient des dents (et les éditeurs un-peu de bon sens), ben le scantrad a de beaux jours devant lui.

  2. Koryu on 14 janvier 2012 at 17 h 59 min said:

    Il m’a fallu un peu de temps pour retrouver les fichiers mais je t’envoie ça maintenant Akabarasan

    Par contre, ce TFE date déjà de quelques années et s’axe surtout sur la dématérialisation du livre et sur les e-reader (très peu de mention aux supports rétroéclairés) mais j’espère que tu y trouveras deux ou trois points qui t’intéresseront

  3. Akabarasan on 14 janvier 2012 at 11 h 56 min said:

    Il y a eu le test de faire un Jump en France avec Akiba Manga, seulement ça n’a pas pris… Il faudrait exactement la mm chose qu’au Japon, et pas une imitation…
    Je suis tout à fait d’accord avec toi, si le scantrad marche autant, c’est parce que c’est gratuit !!! Quand on voit le prix de certains mangas, à 8€ voire mm plus… il est clair qu’on ne peut pas tout acheter. Cependant ce n’est pas une raison pour se tourner vers une solution illégale.

  4. Akabarasan on 14 janvier 2012 at 11 h 49 min said:

    Je me demande parfois si finalement, plutôt que de faire tant d’effort pour le rendre dispo en scantrad, on devrait pas se mobiliser pour faire éditer les mangas en France.

  5. Akabarasan on 14 janvier 2012 at 11 h 33 min said:

    Je pense qu’en partageant nos remarques, en continuant de réfléchir ensemble, on arrivera à trouver une solution. Tu avais dit dans l’article sur le ebook que tu as bossé sur ce sujet pour tes études, je serai très intéressée pour lire ton travail, si ça te branche tu peux m’envoyer un mail à :

  6. Akabarasan on 14 janvier 2012 at 11 h 17 min said:

    Je suis d’accord avec toi, d’un point de vue purement légal, on ne peut pas le défendre. Seulement, ça existe et c’est beaucoup utilisé. Le débat n’est pas tellement de savoir si c’est bien ou mal, mais plutôt comment on peut s’en inspirer pour trouver des solutions légales, pas chères et qui plaisent aux lecteurs.

  7. cmoididi on 13 janvier 2012 at 20 h 54 min said:

    Je suis en accord avec cette article mais j’aimerais appuyé le point du prix, les mangas sa coûte relativement cher, surtout pour la tranche d’age toucher (enfin en majorité) donc je crois que c’est presque logique que les jeunes foufou dl du scantrad.
    Je pense que le scantrad c’est pas mal, c’est comme tout, tout dépend de la façon d’on on le perçoit, de la façon d’on on l’utilise. Si on dl tout pour l’avoir au cas ou et ne jamais lire un tomes et encore mois l’acheter la sa perd un peut de sont sens je trouve, alors que si on prend des séries non licencier (en France, parce que c’est bien licencier quelque par ) la sa devient intéressant parce qu’on découvre quelque chose qu’on n’aurais pas pu découvrire sans le scantrad, la je dit oui (meme si m’on impatience me dit souvent que c’est pas mal d’avoir les bleach en avance).

    J’avouerais que je n’est rien ajouter au débat, mais je suis d’accord, le marcher du manga devras évoluer pour « tuer » le scantrad, il devras marcher sur c’est plate bande ==> internet ! Et je n’etant que sa purée….

    ps : je veut le JUMP en France T-T

  8. alrick on 13 janvier 2012 at 18 h 19 min said:

    Bof franchement le scantrad un mal ou un bien, c’est une bonne question, mais y trouver une réponse est assez délicat, après quand on vois le nombre de mangas ( que moi je trouve bon, mais probablement pas les éditeurs français)qui sont pas publiez en France, tel ‘Ai-ren’, un magnifique mélo drame en 5 tomes, et pourtant je les achèterais, même a 15€.

    Encore pire, c’est quand on lit certaine traduction notamment de one piece, je veux pas dénoncé, mais mes tome 56 a 58 ont du blanco sur certaine bulle tellement la traduction me révulsait Oo’.
    Et pis je parlerais pas des multiple tomes de ‘fairy tale’ où j’ai le bonheur de tomber sur des fin de cartouche d’encre et ou on vois presque plus les dessin, je parlerais pas d’un de mes tomes de ‘princesse résurrection’, où j’ai du séparer le bord des pages sur la moitié du manga, car ça avait pas été massicoté -_-’

    Je suis un ardent défenseur du scantrad, vous l’aurez compris, malgré tout, j’en suis encore a m’acheter de nouvelle étagère,vu que ma collection de manga viens de dépasser les 600 unités.
    Je pense que si des gens se mettais a vendre un magazine de lecture en ligne peu de temps après les sortis au japon, ça marcherais bien, un i-thune de manga, voir un dixheure de manga, mais je pense pas que nos chère maisons d’éditions ont envie de le faire, car elles gagnent bien assez de sous comme ça -_-’

  9. Koryu on 13 janvier 2012 at 18 h 02 min said:

    Ma foi, je n’ai plus grand chose à ajouter à cela x)

    Plutôt d’accord avec ces points de vue, que ce soit dans l’article ou le commentaire de Nunya.

    Je ne serai personnellement jamais totalement contre… Pour illustrer cet avis, je peux dire que, par exemple, étant une très grande fan de Kazuya Minekura, je sais que sans le scantrad il serait plutôt difficile d’accéder au reste de ses oeuvres…
    A contrario, pourtant, en ce qui concernait l’édition de Saiyuki, j’ai attendu patiemment la sortie de chaque tome (malgré les choix malheureux de Panini -_-).

    Et, comme repris dans l’ebook, un des problèmes majeurs (et qui a déclenché cette guerre au scantrad) c’est qu’il serve de source de revenus à ceux qui n’ont aucun droit sur l’oeuvre… et dans ce cas, il n’y a même plus à se poser la question sur la pertinence du scantrad.

    Sinon, interdire (avec des moyens drastiques) la diffusion des oeuvres licenciées par le scantrad même si les tomes sont très en retard est une solution qui ne me semble pas si mal en fin de compte. Les lecteurs devront apprendre à être à nouveau patients De la chasse aux teams on passera à celle des simples ‘scanneurs’ des tomes sortis en VF mais au moins le scantrad ne serait plus à ce point diabolisé et pourrait être à nouveau ‘toléré’ comme dans ses débuts lorsqu’il évitait les déviances.

    Mais il faudra, à mon avis – car je ne suis vraiment pas très optimiste sur ce point, plus que quelques années pour voir des solutions plus ou moins satisfaisantes arriver sur le marché européen et trouver une ‘bonne’ alternative au scantrad

    (Ah, désolée pour le pavé :p)

  10. Nunya on 13 janvier 2012 at 16 h 07 min said:

    En soi, de mon point de vue personnel, le scantrad est un faux débat.
    D’abord, d’un point de vue purement juridique, dans le droit positif, il est intégralement indéfendable car illégal, que l’oeuvre soit licenciée ou non (Et il n’y a pas de degrés dans la légalité, seulement dans le panache des sanctions).
    Et, d’un point de vue purement pratique, il est la déviance nécessaire d’un système qui à l’heure des technologies et autres vecteurs de communication ne pourra plus fonctionner en se basant sur un système de propriété intellectuelle archaïque qui rémunère n’importe comment ses auteurs. N’oublions pas que, (Source Tonkam), un auteur de manga sur 6,90 euros de vente en France ne touche que 50 centimes de son oeuvre, là où le libraire marge sur la moitié du volume.
    Donc, le scantrad, au fond, c’est plutôt un mal nécessaire et qui est, je l’espère, un signe avant-coureur d’un profond bouleversement des structures fondamentales qui régissent aujourd’hui le droit d’auteur national et international.

    Au boulot, au boulot !
    Après, on s’occupera de l’industrie du disque.

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