Japon vu de l’intérieur – L’âme de la maison

- Titre : Japon vu de l’intérieur – L’âme de la maison
- Textes & Photos : David Michaud
- Edition : Editions de Tokyo (par MARK’S)
- Nombre de pages : 144
- Prix : 25,00€

La chronique de ce livre est vraiment maudite : souvenez-vous, lors de la partie Culture de l’enregistrement du mois d’octobre ce livre devait accompagner le fameux dossier de Caro sur les Origami… Patatra problème technique -> épisode perdu… Je retente ma chance dans la partie Divers de l’enregistrement de décembre (le futur Yatta #33) : Manque de temps, annulation de toutes les rubriques pour laisser plus de temps à l’interview de monsieur Sebkun ! Cette chronique n’aurait donc peut être jamais vu le jour si je n’avais pas décidé de l’adapter finalement au format écrit.

Plongeons-nous donc à l’intérieur du Japon, pénétrons dans l’âme de ces maisons d’antan et d’aujourd’hui…
En effet après nous avoir parlé du Japon d’hier et d’aujourd’hui David Michaud (lejapon.fr) fait le lien avec les deux dans son 5ème livre en nous parlant des maisons japonaises, de leur style architectural. Pour ce faire il nous narre conjointement l’histoire de la maison et celle de la famille l’occupant, nous détaillant ainsi la vie s’y déroulant en son sein.

Petit rappel géographique pour mieux comprendre le style des maisons japonaises : 75% du territoire japonais est composé de montagnes. Ce qui explique une très forte concentration des habitations dans les plaines urbaines, entrainant une flambée des prix des terrains dans ces zones.
Mais paradoxalement l’habitation préférée des japonais est bel et bien la maison et non l’appartement. Toutefois contrairement à notre modèle occidental très peu de maisons disposent d’un jardin extérieur qui est vu comme un gaspillage d’espace, le style japonais traditionnel lui préfère le jardin intérieur qui offre à la fois un puit de lumière à la maison assez sombre ainsi qu’un espace d’apaisement et d’évasion à ses habitants.

L’habitat japonais est une recherche de symbiose sur la base du trinôme : homme, maison & environnement, c’est donc plutôt vers ce type d’habitations traditionnelles respectant la nature que s’est penché l’auteur du livre et nous offre de par la découverte de ces maisons remplies de patrimoine un peu aussi de l’histoire de ce pays qu’est le Japon.

Penchons-nous concrètement sur le contenu de ce livre : dans la première partie occupant près de 80% du livre l’auteur nous présente 8 familles différentes avec des styles de maisons différents et exerçants des activités différentes. Il est intéressant de voir que la découverte de ces 8 familles nous offre un bon aperçu des métiers traditionnels japonais.

Le couple Murayama en est d’ailleurs la parfaite illustration. L’un pratique le (théatre traditionnel japonais avec le port de masques) et l’autre le chant traditionnel. Située en plein centre de Tokyo leur magnifique demeure représente bien ce que l’on appelle le modernisme traditionnel. Les fondations sont en béton, car le sol était trop instable pour du bois et l’énorme baie vitrée donnant sur la rivière Sumida font tout sauf traditionnel mais la décoration intérieure vient contrebalancer le tout. Le bois est partout : au sol, sur les murs, et même dans la salle d’eau avec ce gros furo-oke utilisé traditionnellement pour le bain.

Autre exemple avec Yoshida-san, qui a été jusqu’à ses 70 ans professeur de l’école des beaux arts de Kyoto. Il est également issu d’une lignée de grands marchands de gofuku (tissu traditionnel pour kimono), ce qui explique pourquoi il vit dans une machiya. Surnommé « unagi no nedoko » (lit de l’anguille) ces anciennes maisons commerçantes typiques de Kyoto sont étroites, profondes et collées les unes aux autres. Un corridor permet l’accès à toutes les pièces. De par l’histoire de la vie dans cette maison on apprend également une différence notable avec notre culture occidentale où le salon, souvent la pièce la plus illuminée de la maison, est considérée comme la pièce de vie, là où il est le plus agréable de rester. C’est l’inverse dans la culture japonaise où le chef de famille s’octroiera la pièce la plus sombre pour méditer et reposer son esprit. La pièce la plus lumineuse, la cuisine, sera à l’opposé destinée au personnel de maison.

La deuxième partie du livre est bien différente de la première et s’intéresse de manière thématique aux différentes composantes de la maison traditionnelle : le toit, l’entrée, la véranda, le salon, la cuisine et le jardin.
Pour chacune de ces « pièces » l’auteur nous sert quelques généralités sur sa construction, son utilisation, … On comprend notamment toute l’ingéniosité du toit prolongé en auvent sur les maisons anciennes qui a une véritable double utilité :
- L’été, il protège du lourd soleil et permet de conserver une certaine fraicheur dans la maison.
- Durant la saison des pluies il permet de garder les fenêtres ouvertes malgré les longues averses.

On rentre ensuite un peu plus dans le détail avec un plan ou une photo numérotée nous apprenant tout le lexique nécessaire pour être incollable sur le sujet !
Dans la cuisine on apprendra notamment que le Hibukuro (trappe de désenfumage) était une lucarne située sur le toit du batiment permettant d’évacuer la fumée et d’attirer le feu vers le haut afin d’éviter la propagation sur les côtés qui aurait pu provoquer un incendie non seulement de sa maison mais aussi des maisons voisines (il faut se souvenir de la configuration des machiya à Kyoto où celles-ci étaient toutes collées) !

Dans la troisième et dernière partie vous trouverez une tonne d’adresses pratiques pour ceux qui veulent s’acheter du mobilier ou des décorations japonaises pour leur habitation.

Au final Je recommande ce livre à tous les amoureux du Japon et de son histoire. Même s’il n’y a pas vraiment de photos de paysages japonais, l’étude de l’histoire de ces maisons et de ses occupants nous procure un véritable voyage à travers le pays et à travers les âges. Plus que dans ses précédents livres l’auteur a laissé ici beaucoup de termes techniques en japonais, mais ceux-ci sont expliqués rapidement à chaque apparition et plus en détail dans la seconde partie qui fait un peu office de glossaire amélioré du livre.

je vous laisse sur une citation de David Michaud qui résume bien ce livre : « Pour mieux comprendre la maison d’aujourd’hui du Japon il faut se tourner vers son passé, empreint de spiritualité, de tradition, d’esprit pratique et toujours en lien étroit avec la nature »

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