Interview Jean-François Dufour, Président et Fondateur de Japan Expo et Comic Con Paris

Comme je le laissais sous-entendre dans mon article sur la Conférence de Presse Japan Expo 12 : pour avoir les meilleurs exclus, le meilleur moment de la journée ne fut pas cette conférence en elle même mais ce qui suivit : j’ai en effet eu la chance de pouvoir interviewer durant pas moins de 45 min Jean-François Dufour, Président et Fondateur de Japan Expo et Comic Con Paris.

A la base je pensais retranscrire intégralement cet entretien par écrit mais au final cela s’est plus transformé en une discussion qu’en une interview classique et rapide. Le tout aurait donc été beaucoup trop lourd pour vous lecteur.
Je vous propose donc ici dans un premier temps un extrait de quelques questions/réponses intéressantes et vous fournirai plus tard l’interview audio complète sous forme de shortcast. Dans cette version audio vous y découvrirez de nombreux autres sujets de discussion comme son parcours, Japan Expo Centre, Comic Con Paris, l’opération Ganbare Japan, ainsi que le futur de Japan Expo.

Comme vous pouvez vous en rendre compte malgré plusieurs reformulations le style des réponses est très « dialogue parlé » mais j’ai tenu à dénaturer la moins possible le contenu de mes échanges avec Jean-François Dufour que je remercie encore pour m’avoir accordé ce long entretien.


[Misaki] On sait que c’est toujours complexe de négocier avec les japonais, est ce que, maintenant que vous organisez également la Comic Con, vous avez noté des différences dans la difficulté d’amener des acteurs, réalisateurs, auteurs, américains et français par rapport à leurs alter ego japonais ?

[Jean-François Dufour] Ce n’est pas du tout les mêmes mentalités et c’est vrai que les américains sont très business, donc ils disent qu’ils viennent, ils te demandent un cachet ou pas, ils signent un contrat, et après on suit le contrat, c’est comme ça ! Les japonais, c’est beaucoup de respect, il faut faire attention, bien tout faire valider, longtemps à l’avance, ils sont très paniqués, il faut les rassurer en permanence, parce que les japonais voyagent assez peu au final, ils ont pas beaucoup de vacances, donc c’est vrai que, les américains quand on leur dit « venez en France », ils disent « ok c’est quand ? c’est combien ? …», les japonais c’est plutôt « oulaaaaa , oui alors euh attendez il faut que j’en parle, il faut un passeport ? … Ah oui ? ». Même s’ils ne sont pas forcément déjà venus en France les américains, au contraire, n’ont aucune appréhension pour voyager. En plus ils parlent anglais alors forcément…

Les japonais se disent « mais comment je fais en France ? comment je vais me débrouiller ? ». On les rassure beaucoup, c’est beaucoup d’accompagnement, pour leur dire « mais vous aurez un chauffeur, un interprète, vous ferez un planning, vous voulez visiter des châteaux ? On vous fait visiter des châteaux ». Donc voila c’est beaucoup d’accompagnement pour qu’ils soient très rassurés, les américains c’est plus de la négociation pour savoir s’ils sont dispo, si ça correspond à ce qu’ils veulent faire, ce n’est pas du tout la même approche.

[M] Nous allons maintenant parler de cette édition de la Japan Expo. Pour les visiteurs réguliers, on a vu qu’au cours des années il y a des évolutions notables. Vous prenez en compte tous les retours, cette année quelles sont les améliorations que vous avez effectué au niveau de la logistique, de l’agencement des stands et de l’organisation générale ?

[JFD] On a beaucoup de retours via la page Facebook, les formulaires de contact, on fait aussi régulièrement des sondages sur notre site internet. Il y a une société qui est mandatée pour prendre l’avis des gens parce qu’évidemment si c’était nous, ça pourrait être un peu biaisé mais bon, on prend des gens extérieurs pour que ce soit vraiment le plus honnête possible et c’est vrai que ce qui est ressorti par exemple, c’est cette histoire de point d’orientation dont je parlais tout à l’heure, où on commençait à devenir tellement grand que c’était difficile de s’y retrouver. On a aussi essayé d’agencer les stands pour que ce soit un petit peu plus carré car l’année dernière on avait des trucs un peu dans tous les sens, notamment dans la partie avec les jeux vidéos, qui est tellement grande que ça devient difficile de la faire entrer dans des cases. On essaie d’améliorer la signalétique et le confort de visite, car quand les gens attendent pour une séance de dédicace, il y a une file qui est dessinée et lorsqu’il y en a un qui vous passe devant c’est très désagréable, donc nous on aime bien qu’il y ai des files comme ça quand les gens arrivent ils peuvent pas passer devant, normalement, ils rentrent à la fin comme tout le monde, on respecte le truc. On va également améliorer l’entrée visiteur, faire en sorte que pour les gens qui n’ont pas forcément leur billet ils puissent accéder aux caisses avant pour acheter leur billet et qu’au moment où on ouvre les portes ils ne soient pas obligés de rentrer, payer et passer, pour que le maximum de gens soient rentrés le plus vite possible, on améliore toujours nos systèmes d’entrée. Et pareil pour les scènes de concert, on a pris en compte les critiques qui ont été faites, que ce soit sur la lumière, le son, etc…

En ce qui concerne les salles vidéos on a changé un peu notre concept : il y en a un peu moins mais elles sont plus jolies. On s’est aperçu qu’effectivement le public était prêt mais il aimerait bien que ce ne soit pas comme à la maison, donc cette année quand on va arriver, il y aura de grandes salles avec des draps noirs qui tombent, pour faire façon salle de cinéma. Donc les salles vidéos ont vraiment changé de look pour le coup.

On a augmenté le nombre et la taille des salles de conférence pour qu’il y ait plus de monde. La scène Jeux vidéos a beaucoup évoluée aussi, pour faire un spectacle encore plus sympa parce qu’à la fois le public et les éditeurs ont apprécié. L’année dernière était la première fois qu’on faisait une scène jeux vidéos et il y a eu de très bon retours, du coup cela nous a encouragé à faire des efforts supplémentaires, pour que ce soit encore plus sympa d’assister à une avant première d’un jeu, que ce soit Square Enix, Bandai, Namco, etc…

« Après le 11 mars on a eu l’impression que c’était une sorte de reboot »

[M] En 2009, on pensait que vous étiez arrivés au top en invitant Clamp, mais l’année dernière vous avez fait très fort avec des Kojima, Hojo, Mashima, … Cette année vous en avez présentés quelques-uns, on sait que vous en gardez encore « sous le coude »… Pensez vous qu’il va y avoir un gros invité qui va canaliser toutes les attentions ?

[JFD] Pour nous déjà avoir Yumiko Igarashi (Candy) c’est quelque chose d’exceptionnel. Même si dans une certaine mesure on nous avait déjà reproché d’avoir fait de la nostalgie l’année dernière avec Hojô parce que City Hunter c’était « passé » mais bon il y a Angel Heart, etc…

Candy, avec les problèmes de droits c’est quelque chose de très difficile à gérer. Je vais pas faire le gars qui fait du teasing mais on a quand même annoncé la grande majorité des invités aujourd’hui, on vous a dévoilé Nobuteru Yûki qui est quelqu’un qu’on apprécie beaucoup et ça fait plusieurs années qu’on travaille pour le faire venir, mais à côté de ça, il faut bien voir que le Japon a vraiment été secoué par le 11 mars, et c’est vrai que nous on a eu l’impression que c’était une sorte de reboot. On avait pleins de contacts et passé ça, tout un tas de gens ne pouvaient plus venir, parce qu’il fallait qu’ils restent pour soutenir, s’occuper du Japon mais on a eu également tout un tas de gens, qui ne voulaient pas venir avant, mais qui voulaient venir après parce qu’ils voulaient montrer que le japon était toujours présent, qu’il ne fallait pas les enterrer comme ça.

Donc on a eu l’impression qu’on est revenus a zéro et on a recommencé a organiser la JE 12 après le 11 mars. Du coup c’était un peu douloureux parce que quand ça fait déjà 4 ou 5 mois que vous travaillez et que tout d’un coup on vous dit « bon, allez, on oublie, il vous reste plus que trois mois pour recommencer » c’est vrai que cela a été très délicat. Dans les invités on a eu de bonnes et de mauvaises surprises parce que Yumiko Igaraishi, elle était pas forcément prévue, et finalement on est très contents de l’avoir. Elle n’est pas personnellement touchée (par la catastrophe) car elle est de la région d’Hokkaido, mais c’est vrai que c’était l’occasion, cela faisait plusieurs fois qu’on l’invitait, et là elle a dit « cette année c’est la bonne ».

Cette année a donc été difficile a ce niveau là, parce qu’on s’est retrouvé à organiser JE Juillet en 3 mois au lieu des 8-9 mois qu’on prend d’habitude parce qu’on a vraiment eu une sorte de remise à zéro.

« Urasawa ou Inoue c’est Totalement possible dans les années à venir… ! »

[M] Plus personnellement est-ce qu’il y aurai un invité dont cela ferait 11 ans que vous souhaitez voir sa venue mais dont vous n’avez jamais réussi à la concrétiser ?

[JFD] Ce que je vais dire est très très triste, parce que ça fait onze ans que je bassine… Osamu Dezaki… et il est mort… il y a deux mois. Pour moi, qui suis de la génération Goldorak c’était mon maître, c’est le réalisateur de Cobra, de Rémi, de Ashita no Joe 2, de Black Jack, … pour moi c’était vraiment… J’ai eu la chance de le rencontrer, de l’interviewer à plusieurs reprises, et il m’avait juré qu’il viendrait en France un jour, mais il avait toujours du boulot. Ces dernières années quand il disait « oui mais là je suis en train de faire le film d’Hamtaro » j’avais envie de lui dire… « mais on s’en moque d’Hamtaro, viens ! » et c’est vrai qu’avoir appris sa mort ce fut très très dur… En plus c’est arrivé tardivement donc on ne va même pas avoir le temps de monter une exposition comme on fait pour Satoshi Kon pour lui rendre hommage. En terme de délai c’est très court. On a contacté rapidement des japonais, mais ils sont occupés avec une catastrophe donc quand on les appelle pour rendre hommage à la région du Sendai, du Tohoku, ils sont assez réactifs mais après quand je leur dit « on veut faire un hommage à Dezaki » c’est moins prioritaire.
On fera donc quelque chose l’année prochaine. Pour moi c’est toute mon enfance, c’était quelqu’un que j’admirais parce qu’il avait amené quelque chose en plus dans l’animation.

Après en manga, si je dois citer des gens c’est vrai que le jour ou Monsieur Urasawa ou Monsieur Inoue [viennent] je serais très content. Mais c’est vrai qu’en animé j’ai perdu un père spirituel et c’était difficile.

[M] Pour Urasawa ou Inoue, c’est quelque chose qui vous semble possible dans les années à venir ou… ?

[JFD] Totalement ! Ce sont des gens qui sont relativement ouverts vers l’étranger, qui ne sont pas apeurés comme peuvent l’être certains autres mangakas. Après c’est une question de planning, d’occasion. Avec monsieur Hojô on a mis plusieurs années pour le faire venir, on se sert de la culture française, c’est du travail ! L’année dernière on a eu de la chance de l’avoir parce qu’Angel Heart était devenu bimensuel au lieu d’être hebdomadaire donc il avait du temps. Il faut qu’ils soient disponibles.
On nous dit souvent : « on veut Kishimoto, on veut Oda »… mais ce sont des gens qui passent leur vie à dessiner et ce sont des enjeux économiques importants pour les sociétés japonaises. Ce sont pas des gens qu’ils sont prêt à laisser partir pour un salon en France, il y a des enjeux au Japon plus importants.

[M] Est-ce que les événements du 11 mars ont eu de grosses répercussions en termes d’annulation d’animations, d’invités, … ?

[JFD] Si je prends un exemple simple, on a annoncé 11 invités musicaux, et je pense qu’il y en avait 11 autres avant… J’exagère mais peut être qu’on en a gardé 3… ça a beaucoup changé. Et puis même on travaillait avec une société qui s’appelle Soundlicious, avec qui on travaille souvent, sur un concert d’Iruma Rioka, qui devait avoir lieu au mois d’avril, et qui a été annulé. Il y a eu pas mal de répercussions a ce niveau là et pareil sur les invités. Je ne me souviens plus exactement mais quand je vois ce qu’on vient d’annoncer, on avait pas du tout la même conférence de presse au mois de février. On est très content de ce qu’on a annoncé cette année mais ce n’est pas ce qu’on avait planifié. On essaie toujours de planifier les choses, pour que ça tombe avec certains événements : l’année dernière c’était les 30 ans de carrière de Hojô, c’était donc justement l’occasion et il a fait des efforts. Cette année on avait espoir d’avoir des choses autour des 25 ans des Chevaliers du Zodiaque mais c’est compliqué !

[M] Un dernier mot pour les lecteurs du Journal du Japon et les auditeurs du Podcast Yatta ?

[JFD] Je n’ai qu’un mot : c’est qu’ils viennent s’amuser et qu’ils prennent plaisir a venir à Japan Expo, et puis s’il y a des améliorations, il faut pas hésiter à nous le dire plutôt que de nous crier dessus parce qu’effectivement l’année dernière je me suis fait crier dessus ,
: le samedi, on m’a reproché qu’il ait plu, mais ça typiquement, malheureusement, je ne pourrais jamais changer le temps. On a fait tout pour que ça se passe au mieux, on avait installé les gens à l’abris, dans une file d’attente, mais effectivement pour passer d’un hall à l’autre les gens étaient mouillés. On espère que les gens vont continuer à s’amuser autant, et s’ils ont des idées pour améliorer, des envies de nouvelles choses, nous on est toujours ouvert à toutes ces suggestions, c’est aussi pour faire plaisir aux gens (que l’on fait cela), donc on est très à l’écoute.

Tags: inoue takehiko, , , jean-françois dufour, osamu dezaki, urasawa naoki, yumiko igarashi

2 Comments to "Interview Jean-François Dufour, Président et Fondateur de Japan Expo et Comic Con Paris"

  1. Cervolent dit :

    Superbe interview ! Merci
    C’est cool de voir que ça bouge, autant à l’orga que chez les japonais.

  2. Umiko dit :

    Bravo et Merci Misaki pour ce contenu partagé! J’apprécierai davantage l’ambiance Japan-Expo!
    Allez, je me fais mon programme

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